Lille-Nice : Entre fraternité de tribune et radicalité politique
- Anthony zabe
- il y a 6 jours
- 4 min de lecture
Ce soir, le LOSC Lille accueille l’OGC Nice à la Decathlon Arena dans le cadre de la 30ème journée de Ligue 1.
Entre ces deux villes, tout semble s’opposer. Des kilomètres séparent le Nord du Sud, les accents diffèrent, d’un côté le froid et la grisaille, de l’autre le soleil et la mer Méditerranée. Sur le papier, rien ne rapproche vraiment Lille et Nice.
Pourtant, dans les tribunes, une toute autre histoire s’écrit. Une amitié forte s’est construite au fil des années entre les DVE et la Populaire Sud.
Comment deux mondes si éloignés ont-ils fini par ne former qu’une seule famille ? On vous explique tout.

Les Dogues Virage Est 1989 : Le bastion du Nord

Fondés en 1989, les Dogues Virage Est sont le cœur historique du supportérisme lillois. Le groupe est le troisième plus ancien de France après Nice et Marseille.
Indépendants et fidèles, ils portent l'identité d'une région fière de ses racines. Les lillois se revendiquent comme la fierté du Nord.
Influencés par une culture plutôt anglo-saxonne, le groupe s’inspire du modèle anglais et belges dans sa manière d’animer la tribune.
Ils cultivent une mentalité de groupe fermé, où la loyauté envers le blason est la règle d'or. Pour eux, le LOSC est un patrimoine qu'on défend contre les supporters plus médiatisés, comme les Lensois.
De la Brigade Sud à la Populaire Sud : L’âme niçoise

Côté niçois, tout commence le 7 mai 1985 avec la naissance de la Brigade Sud Nice (BSN) lors d'un déplacement mythique à Grenoble. La Brigade est l'un des groupes Ultras les plus anciens de France
Avec sa devise « Honneur et Fidélité » et son emblème à tête de mort, le groupe infuse une mentalité ultra d'inspiration italienne dans la Tribune Sud du Stade du Ray.
Malgré une dissolution administrative en 2010 pour des faits de violence et des agissements liés à l'extrême droite, l'âme du groupe survit aujourd'hui à travers l'association Populaire Sud, forte de 4000 adhérents à l'Allianz Riviera.
Le pacte de la Rotonde : Une amitié née d'un verre
Tout bascule en 1995. Alors que des Lillois s'égarent près de la "Rotonde", le squat d'avant-match des Niçois, la tension aurait pu dégénérer. Comme le raconte Donat, responsable des DVE : « C'était soit on se fout sur la gueule, soit on boit un coup ». Le choix de la convivialité l'emporte sur l'hostilité et scelle le début d'une amitié durable.
Depuis, cette rencontre a donné naissance à un lien indéfectible et elle s'exprime encore aujourd'hui par des actes de solidarité concrets :
Identité et respect : En 2014, pour marquer l'anniversaire des DVE, les Niçois déploient une banderole en flamand, « Gellukkige Verjaardag DVE », rendant hommage aux racines de leurs homologues du Nord.
Fidélité dans la tourmente : Suite à la dissolution administrative de la Brigade Sud en 2010, les Lillois ont continué de faire vivre l'âme de leurs alliés en arborant fièrement le drapeau niçois dans leur propre virage.
Fraternité hors-cadre : Lors d'un match à huis clos partiel au stade du Ray, les DVE sont allés jusqu'à partager leur espace réservé en parcage avec les Niçois, un pied de nez aux sanctions administratives pour rester unis malgré tout.
Reconnaissance mutuelle : Cette alliance se traduit systématiquement par des messages croisés en tribune, où chaque camp salue l'autre : « Nice : fierté du Sud » s'affiche en terre lilloise, tandis que « Lille : fierté du Nord » répond en écho sur la Côte d'Azur.

Si leurs styles divergent, les deux groupes se rejoignent sur un ADN commun : un supportérisme populaire, farouchement indépendant et enraciné dans leur terroir.
Face à des rivaux omniprésents dans les médias, comme le RC Lens ou l’Olympique de Marseille, Lillois et Niçois cultivent une fierté régionale radicale pour ne pas être effacés. Ils partagent une ligne de conduite claire : exister sans artifice et s’imposer dans le paysage ultra sans jamais trahir leurs valeurs ni se vendre au football business.
L’ombre sur le virage : Une amitié sous le signe du radicalisme
Au-delà de la fraternité de tribune, l’axe Lille-Nice se rejoint sur un terrain beaucoup plus glissant : celui d'une identité politique marquée à l'extrême droite. Si les groupes se revendiquent "apolitiques" pour éviter la répression, les actes et les symboles parlent d'eux mêmes.
Lors d'un tifo célébrant leur alliance, les DVE ont déployé un blason dont la composition rappelle étrangement celui de la Division SS Charlemagne. Si le Lion des Flandres remplace l'aigle impérial, la ressemblance graphique interroge sur une dérive idéologique.

Les liens ambiguës entre l'extrême droite et ces deux groupes sont malheureusement très fréquents. Par exemple, la saison passée des stickers avec des croix celtiques sont distribués dans les bus lillois en route vers Liverpool. Ce symbole, lié aux groupuscules néofascistes et à l'extrême droite radicale, assombrit l'image de ce lien entre deux groupes souvent décrits comme gangrénés par ces idéologies.
Après le décès de Jean-Marie Lepen, un chant lui rendant hommage aurait était entendu en parcage à Auxerre. Tous ces éléments confirment cet ancrage.
Côté Niçois, la BSN fut dissoute en 2010 pour violence et propos racistes assimilés à l'extrême droite. Aujourd'hui, cette "Mentalité Nissarda" se double de soutiens polémiques. Les Niçois n'hésitent pas à afficher leur soutien à des figures de la mouvance ultra radicale européenne, comme lors des banderoles de soutien à des ultras de la Lazio (groupe historiquement ancré à l'extrême droite).
L’amitié Lille-Nice, c’est l’histoire de deux groupes qui ont choisi d’exister sans se vendre. Ce n'est ni la géographie, ni le style qui les rapprochent, mais une mentalité commune et une identité poussée à l'extrême. Ce soir, les écharpes seront croisées pour célébrer une fraternité qui, pour le meilleur ou pour le pire, résiste à tout.



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